Comme une nouvelle couche de neige est annoncée et qu’elle semble devoir être suivie d’une vague de froid polaire, j’ai décidé de partir au soleil — à Casablanca, précisément — pour assister à un séminaire organisé par nos partenaires de la Mission Laïque française. Je ne suis jamais allé à Casablanca même si le nom évoque immanquablement le film éponyme, l’un de mes préférés, mais dans lequel la ville se montre peu et constitue avant tout le symbole d’un embrasement de l’Histoire, une ville refuge dans laquelle on attend fiévreusement le prochain avion pour Lisbonne, ultime étape avant d’embarquer pour l’Amérique et la liberté.
L’objectif affiché du séminaire — dont le programme dense ne me permettra sans doute pas malheureusement de trop découvrir la véritable Casablanca, est de proposer un modèle éducatif français international et de s’interroger dans ce cadre sur les transformations nécessaires de l’enseignement à la française, d’aborder les questions de citoyenneté globales et locales ou encore de réfléchir à des solutions d’accréditations nouvelles et qui peut-être permettraient de mieux refléter le travail de nos écoles française à l’etranger — en particulier de nos écoles aux Etats-Unis dont les modes de fonctionnement s’affranchissent déjà largement du modèle français. Il sera passionnant à ce sujet d’échanger avec des collègues opérants dans d’autres zones du monde — et notamment bien sûr au Maroc — où le poids de l’histoire et du lien à la France est bien différent de celui qu’il revêt ici.
J’aurai le plaisir de rencontrer des collègues chefs d’établissement du monde entier. Nombre d’entre eux exercent dans des pays aux conditions difficiles voire dangereuses où l’école, toutes les écoles — mais peut-être les écoles en français en particulier — représentent une chance essentielle pour les élèves qui les fréquentent, de par la qualité et l’exigence de ce qui y est enseigné et les débouchés qu’elles pourront leur offrir par la suite. Il y a 4 ans lors d’un regroupement similaire, lorsque ces collègues lisaient sur mon badge que je venais de New York, ils avaient du mal à étouffer un petit sifflotement — un mélange d’admiration et d’incrédulité (mais comment on fait pour avoir un poste à New York ?). C’est que l’Amérique continuait d’exercer son pouvoir de fascination et celui-ci prend sa source, on le sait bien, en partie dans le cinéma (je racontais ici mon propre rêve américain). Dans le film Casablanca, elle nous est présentée comme un bastion de la liberté que la guerre n’a pas encore atteint, un ailleurs rêvé et distant — et cela même si Rick, le personnage principal désabusé qui est américain, n’a lui nulle envie d’y retourner. Tout comme Casablanca est construite avec des décors de pacotille, ce n’est pas le réalisme qui est visé ici : l’Amérique c’est un symbole, un besoin, un idéal ; elle incarne une certaine vision du monde.
Le monde, cependant, est en pleine mutation et ses repères sont en mouvement. Et si l’on n’y prend pas garde, notre système éducatif français, qui est souvent décrit par nos autorités comme un instrument de soft power de toute première importance, mais qui est vivement critiqué de l’intérieur, pourrait ne plus incarner une vision attractive du monde de demain. J’ai donc hâte de participer à ces échanges, d’entendre les différents intervenants et de contribuer à mon niveau à perpétuer la vision d’un système éducatif français modélisant et ambitieux — il me semble que The École est un exemple remarquable de ce que l’on peut réussir dans ce domaine.
Je pars donc au chaud et des étoiles plein les yeux retrouver Rick, Isla et Viktor Laszlo et je vous retrouverai vendredi prochain, à la veille des vacances, les valises, j’en suis sûr, pleines de projets.

