Comme chacun d’entre nous, j’imagine, mon usage de l’IA est devenu quotidien. J’ai par exemple récemment mis toutes mes lettres du vendredi de cette année dans Notebook LLM – un outil dont nous souhaitons voir nos collégiens s’emparer – à qui j’ai demandé d’identifier mes biais et mes marottes, ce dont je parle beaucoup et ce dont, à l’inverse, je ne parle pas assez. Le résultat est tombé, vous vous en doutez, en un centième de seconde : l’IA trouve que je dépeins l’école comme une communauté, pense que j’ai l’art de transformer les difficultés en opportunités, estime que je vante l’excellence éducative de The Ecole, et, considère que je cite, “j’affiche une admiration immense et explicite pour les bienfaiteurs Philippe et Laurence”.
Par contre, entre autres défauts, l’IA me reproche de négliger le versant américain de notre programme bilingue, que j’aborde, je cite à nouveau, “souvent à travers le prisme des scores aux tests standardisés, plutôt que comme un pilier culturel central de l’identité de l’école.” Touché. Il m’est tout de suite revenu à l’esprit cette scène avec ce type tellement ignorant et irrespectueux de la culture du pays dans lequel il se trouve (l’Égypte en l’occurrence) et qui ne comprend même pas que ce n’est pas un compliment qu’on lui fait quand on lui dit qu’il est très français. Alors, très, trop français, moi? Et avec moi, trop française The École?
Cette question très sérieuse fait par ailleurs écho à des discussions que je peux avoir en ce moment même avec les équipes et avec certaines familles. Dans ce contexte, le départ annoncé de Sara Weintraub, qui a grandement contribué à faire de notre programme américain ce qu’il est aujourd’hui et dont elle était finalement le visage et la voix, ne rassure pas ceux et celles qui s’inquiètent de nos tendances franchouillardes. Pour l’heure, Sara ne sera pas remplacée, mais je travaille avec les collègues pour trouver avec eux un format qui allie efficacité collective et développement personnel et permet à l’équipe un rayonnement plus important.
Nous avons, c’est certain, un vrai biais français via nos organismes accréditeurs (l’AEFE et la MLF) qui nous sollicitent beaucoup, Sophie et moi. La visite d’homologation en décembre – dont nous aurons les résultats dans le courant du mois de juillet – a justement été un exercice pour lequel le critère de réussite principal était de prouver combien nous étions en accord avec les attentes du ministère français de l’Éducation nationale. Il pourrait donc sans doute être intéressant à l’avenir d’identifier un organisme d’accréditation américain qui permettrait de mieux mettre en avant cette partie-là de notre identité.
Comme je l’avais écrit l’an dernier, je crois profondément à la double identité de The École ; c’est quelque chose qui me pousse chaque jour et l’idée de travailler dans une école qui serait seulement française n’a strictement aucun intérêt pour moi. Mais je comprends aussi que mes actions ou mes décisions, voire les mots que j’écris ou que je n’écris pas, peuvent laisser croire que tel n’est pas le cas. En ce sens, je me réjouis de l’arrivée d’Emily O’Hanlon à la tête de la Middle School en septembre car elle signifie que notre équipe de direction pédagogique sera mieux équilibrée entre les voix françaises et américaines.
Maintenant que je suis mieux conscient de ce biais, voilà un nouveau et fascinant champ de réflexion qui s’offre à moi. Je serais en tout cas très à l’écoute de vos retours éventuels à ce sujet afin de pouvoir continuer à toujours mieux faire et à toujours donner à The École la meilleure des images.

