Je regardais, il y a quelques jours, avec mes élèves de philosophie, cet extrait du film The Truman Show dans lequel Truman décide de conduire au-delà du pont qui marque la limite de la ville et de s’élancer vers la liberté. Les scénaristes qui ont jusque-là décidé de tout ce qui lui arrivait mettent alors en place des obstacles pour tenter de le faire revenir en arrière et reprendre sa place dans le quotidien scripté de Seaside, en Floride.

Cela m’a rappelé qu’il y a plus de 20 ans, Andria et moi avons décidé de nous débarrasser de la plupart de nos biens matériels (il faut être honnête, nous ne possédions pas grand chose !) et de fourrer tout le reste dans le coffre de notre voiture, direction le sud de l’Espagne, Séville plus précisément, où un travail attendait Andria au British Institute. En chemin, nous nous sommes arrêtés voir son frère, installé depuis peu à Montpellier, la ville où nous nous étions rencontrés et où nous comptions encore de nombreux amis.  Il faut s’imaginer l’effervescence, la promesse d’une vie nouvelle loin de la grisaille lyonnaise et de l’école poussiéreuse dans laquelle je travaillais, la joie des retrouvailles en famille et le plaisir de passer un peu de temps avec les copains avant le grand départ. Mais rien n’est jamais facile, et c’est par le train que nous sommes finalement arrivés à Séville quelques semaines plus tard, puisque nous nous sommes fait voler votre voiture le tout premier soir de notre périple ! Il ne nous restait plus rien si ce n’est quelques vêtements et pourtant nous n’avons pas une seconde reconsidéré notre plan et avons tracé notre route, libérés, d’une certaine manière, et convaincus que nous faisions le bon choix malgré ce coup du sort et cet obstacle inattendu que même les scénaristes de Truman n’auraient pu imaginer.

Si cette histoire m’est revenue, c’est sans doute aussi parce que l’Espagne est au cœur de l’actualité de The École. Tout à l’heure, en effet, les élèves hispanisants du collège, accompagnés par Arantxa, la professeure d’espagnol à qui l’on doit ce beau projet, Javier, Coach Soden et Laurence Van Koninckxloo, se sont envolés vers l’Espagne, direction eux aussi, Séville. Je garde de cette ville et de notre année passée là-bas un souvenir enchanteur : la lumière, l’odeur des agrumes, la chaleur parfois si écrasante l’après-midi que l’on n’a pas d’autre choix que de se reposer et d’attendre, ces nuits qui commencent si tard, ces matins si bleus. Séville évoque pour moi un sentiment de liberté et de jeunesse, ces heures où tout est encore possible. Je suis donc très jaloux de ne pas en être (j’étais déjà très jaloux de ne pas être allé en Chine l’an dernier – un autre moment marquant de mon parcours !), et je leur souhaite un merveilleux voyage, de ceux que l’on n’oublie jamais et que l’on garde avec soi pour toujours.

Je souhaite à tous ceux et celles qui célèbrent de belles fêtes de Passover et de Pâques – et j’espère que ce jour étant férié pour beaucoup parmi nos parents, ils ont pu profiter d’une journée de repos pendant que nous nous occupions des enfants !