Ce matin, pour tenter de mieux me protéger du froid polaire qui nous grippe, j’ai mis une grosse paire de chaussures que je n’avais pas portée depuis longtemps. Si longtemps que j’avais oublié que j’avais perdu l’un des aglets à l’extrémité d’un lacet. Ce petit bout de plastique, parfaitement anodin, est pourtant d’une importance capitale et j’ai donc bien mal démarré ma journée en tentant de faire passer un lacet récalcitrant et tout décousu par un trou minuscule. Vous me connaissez et vous me voyez venir : il y a certainement une métaphore qui arrive !

C’est en tout cas exactement ce que je me suis dit lorsque je suis parvenu à mes fins avec mes lacets et d’en conclure évidemment que ce sont souvent les petits détails qui font la différence. Par exemple, lundi dernier, alors que le bâtiment était fermé pour le snow day, un petit bout de quelque chose dans la tuyauterie a gelé et a cessé de fonctionner correctement, ce qui a déclenché un sprinkler et une inondation de l’entrée de l’école avec des dégâts assez importants : peinture endommagée et système électrique touché. Personne ne l’a vraiment su, mais nous sommes passés à deux doigts de ne pas pouvoir rouvrir l’école mardi. Alors quand je dis deux doigts, il ne faudrait pas croire que nous avons eu de la chance dans notre malheur, sinon nous avons pu accueillir tout le monde mardi c’est surtout grâce à l’intervention express de Jan, notre directeur des installations et de Raul, son acolyte, qui ont comme toujours superbement répondu à l’urgence.

En visitant les locaux de la NASA alors qu’il était président, JFK aurait demandé à un personnel chargé du nettoyage quel était son rôle, ce à quoi  ce dernier lui aurait répondu : envoyer des Américains sur la Lune. On se doute que cette anecdote ne s’est pas réellement produite de la sorte, mais on en comprend bien l’intérêt : il n’y a pas de petites taches qui ne comptent pas. Quand Jan m’a briefé sur la situation lundi, son discours était, à l’inverse de l’eau qu’il avait jusqu’aux genoux, limpide : sa priorité absolue était l’accueil des enfants dans quelques heures et en toute sécurité. Alors ni lui ni Raul ne m’ont dit, et ils ne le diront sans doute jamais, que leur rôle est d’envoyer nos enfants dans les meilleurs lycées de la ville ou qu’il est de leur offrir les meilleures conditions d’apprentissage et d’épanouissement possibles, mais c’est tout comme.

Je vois tous les jours mes collègues mettre en œuvre notre mission partagée et tout commence avec les petits détails : c’est un geste bienveillant comme aider un enfant à s’habiller au dismissal, c’est un sourire pour rassurer, c’est un petit mot pour consoler, c’est une minute que l’on prend a la fin de la journée ou une pause que l’on écourte pour mieux accompagner, c’est remonter les escaliers une centième fois à la recherche d’un pull ou d’une gourde disparus,… En ce moment, les élèves passent beaucoup de temps à l’intérieur et je suis le témoin privilégié de ces interactions du quotidien. Elles se passent souvent hors de la classe et ne font pas partie des programmes. Elles sont brèves et discrètes et on pourrait ne pas y prêter attention. Elles sont pourtant primordiales et jouent un rôle essentiel dans la mission globale de The École et de ce que nous souhaitons faire à travers le WE CARE.

Pour écrire ce courrier, j’ai dû aller sur Internet pour trouver le mot “aglet” que je ne connaissais pas alors que j’en ai besoin tous les jours, mais sans avoir vraiment compris son importance ni l’intérêt. Mes collègues, par contre, je vois et je leur suis pleinement reconnaissant pour tout ce qu’ils font. C’est juste que sans doute je ne le leur dis pas assez souvent, alors merci de donner à The École ce supplément d’âme qui en fait une école exceptionnelle.