Alors que je pensais avoir tout préparé au point d’avoir une réponse à tout en cette rentrée 2026, voilà que, coup sur coup, le maire de New York décide de bannir l’IA des écoles primaires et des middle schools de la ville et que les derniers résultats piteux du  PISA sont annoncés. Ces deux événements suscitent naturellement de nombreuses questions dans la communauté – je suis interrogé tous les jours à leur sujet à la porte de l’école (et au pique-nique, très réussi encore une fois !). Je voudrais donc profiter de ce courrier pour aborder ces sujets avec vous, en commençant cette semaine par les tests PISA et quelques premières conclusions que nous pouvons en tirer pour The École.

Les tests PISA, on en connaît bien le cadre : tous les trois ans, un peu partout dans le monde, des élèves de 15 ans révolus sont soumis à des tests en maths, en sciences et en lecture. Ils répondent également à une série de questionnaires sur leur scolarité. Les données sont remontées et analysées par l’OCDE, qui publie un rapport dont la presse raffole et dont l’influence sur les décideurs politiques est aujourd’hui réelle : de mauvais résultats donnent en effet souvent lieu à d’importantes réformes dans les pays concernés. Cette année, les conclusions du rapport ne poussent malheureusement pas à l’optimisme : dégradation préoccupante des scores en lecture (avec une corrélation directe sur les scores de mathématiques : mieux on lit, mieux on est en maths), baisse de l’engagement dans les apprentissages et, c’est une nouveauté, baisse des résultats chez les élèves issus de milieux favorisés. Alors à qui la faute ? Le COVID ? Il a contribué au déclin, on s’en doute, mais la baisse des résultats avait pourtant commencé avant. Les écrans ? C’est une hypothèse sérieuse, mais il nous faut la moduler, car le rapport pointe qu’une utilisation modérée de la technologie est associée, au contraire, à l’obtention de meilleurs scores ; tout n’est donc pas négatif (il en va d’ailleurs de même avec l’IA, j’en reparlerai).

Les rapporteurs, qui s’appuient sur un échantillon de plus de 750 000 adolescents, avancent des causes plus diverses, qu’elles soient sociétales, économiques, pédagogiques ou politiques.  Ils concluent ainsi que nos jeunes évoluent dans un nouvel environnement global qui rend plus difficile à maintenir la capacité à lire dans la durée (via la fragmentation de l’information due au numérique), à rester pleinement engagé dans les apprentissages (problème d’attention réduite et programmes qui font la part belle aux connaissances théoriques sans application au monde réel), ainsi qu’à bénéficier d’un accompagnement pédagogique solide et à construire progressivement ses compétences (absentéisme des élèves, formation et rémunération des enseignants, choix budgétaires des gouvernements,…).

Même si elle n’est pas toujours digeste et mérite une réflexion plus poussée, la lecture de ce rapport offre déjà en creux quelques pistes de travail à notre niveau local. Elle vient confirmer certains de nos choix (par exemple, le travail sur la fluence, débuté l’an dernier et qui se poursuit cette année) et en challenger d’autres (enseigner moins de sujets pour aller plus loin dans ceux que l’on sélectionne ?). Si les élèves favorisés (les nôtres, pour le dire vite) ne progressent plus, voire régressent, c’est qu’ils apprennent à réussir à l’école, à y avoir de bonnes notes, tout en ne développant pas l’essentiel: la curiosité, la prise de risque et le goût d’apprendre à apprendre. Dans un monde où tout est fait pour aller plus vite et rendre tout plus facile, il convient sans doute de réintroduire explicitement la notion d’effort et de s’attacher à demander aux élèves de produire de la pensée, pas seulement des réponses.

Je reviendrai sur PISA dans les semaines qui viennent, mais en attendant, excellent long week-end à tout le monde et bon Kippour à ceux qui l’observent.